Poésie contemporaine Rudes rêves


Volent mes mots icariens
Plumes et cire dans le dos
S’échappent du dédale
De mon imagination
Frôlent les embruns
Des flots bleus argentés

Grisés, enfin libérés
De moi, infâme Minos
Trahie, ma Pasiphaé
Livrée à l’aurochs blanc
Du Dieu Poséidon
De ses maux est vengée

Vil fruit d’une union
Odieuse et adultère
Le Minotaure furieux
Double hache en mains
Me jauge et me considère
De ses yeux d’airain

Tournent mes mots icariens
Par le Zéphyr portés
Vers l’horizon enflammé
Euphoriques, ils survolent
Dans un ballet aérien
Samos, Délos, Paros, Junon ...

Myriade d’îles cailloux
Taches de rousseur
Sur le visage d’Egée
Au loin, la belle Crête
Aux montagnes galbées
Veille, comme alanguie

Les oisillons novices
Sitôt sortis du nid
S’élèvent plus haut
Au péril de leur vie
Dans ce ciel libéré
Des lois de Cnossos

Moucherons attirés
Par l’astre Hélios
Flèches soyeuses
Téméraires duveteuses
Fusent à l’envie
Dans le cœur de feu

Fondent les cires,
Se détache le lin,
Brûlent les ailes ;
Foudroyés, nos oiseaux
Tombent et tourbillonnent
En spirales ébouriffées
Vers le gris adamantin
Des flots soudain agités

Le pécheur, le laboureur
Et le brave berger
Comme un seul homme
S’en trouvent pétrifiés
Tombe à l’eau la ligne
Avance seule la charrue
Se brise la houlette
Devant ce spectacle inouï

Quelques plumes roussis
Flottent sur les eaux calmées
D’une mer devenue Icarienne
Délicat, les corps calcinés
Je sors des fonds engloutis
Triste, le cœur à la peine

Solennel, je plie et referme
Sur les berges boisées
De mon bureau de chêne
Cette feuille vierge
Dernier tombeau
De mes mots icariens.




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Hommage « prosaïque » aux Métamorphoses d’Ovide et petit clin d’œil au tableau de Brueghel, « La chute d’Icare » ou « Paysage avec Icare ».
Ven 5 déc 2008 1 commentaire
Merci pour votre passage chez moi qui me permet de découvrir ton blog..J'aime bien ce poème mais pourquoi le terminer par "ma vie vide de sens" Le penses-tu vraiment?
gazou - le 17/12/2008 à 11h20
non, comme tu dois le savoir, parfois le poète exprime des sentiments qui lui sont étrangers ...

j'ai voulu mettre à la lumière le caractère dérisoire de la vie parfois ...

amitiés et merci pour ce passage qui tisse un nouveau fil d'ariane sur la toîle !!
Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé)