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Mercredi 4 février 2009 3 04 /02 /Fév /2009 20:52



Prendre une feuille, fébrile
Comme on descend un verre
En manque de mots
En panne d’amour

Prendre une feuille, vite
Y coucher son âme
Y déverser sa peine
Y renverser sa haine

Prendre une feuille, maintenant
Comme on tire sur un joint
Ecrire asphyxié sans respirer
Ecrire à en saigner des mains

Prendre une feuille, tout se suite
S’y plonger violemment
S’y étendre passionnément
S’y répandre jusqu’à l’écœurement

Prendre une feuille, sauvagement
Pénétrer son sexe de papier
Avec son « stylo godemiché »
Lui faire l’amour à en pleurer

Prendre une feuille, blanche
Pelleter des brouettes de mots
Pour ensevelir cette souffrance
Pour combler cette béance

Prendre une feuille, même sale
La couvrir avec son sang
La remplir d’excréments
Puis la chiffonner banalement

Prendre une feuille, addiction
Crever l’abcès de ses contradictions
Crûment exposer ses inhibitions
S’amputer, se faire une ablation

Prendre une feuille, pantelant
Comme prendre un dernier train
Composter un dernier aller simple
Un ultime voyage, sans espoir de retour

             PRENDRE UNE FEUILLE,

 

Prendre une feuille !



Par Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) - Publié dans : Poèmes - Communauté : Poésie contemporaine
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Commentaires

---> Bonjour Phil,

La beauté semble s'être retirée de la feuille pour nous dévoiler toute la violence de ce monde.

Bien poétiquement, Jack.
Commentaire n°1 posté par © Jack MAUDELAIRE le 05/02/2009 à 10h12
écrire ce n'est pas forcément décrire le beau ...

je persite à croire que le monde est beau mais cruel ...

amitiés rudes
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 05/02/2009 à 13h12
"La poésie est une religion sans espoir", disait Jean Cocteau. Tu sembles bien d'accord avec lui, désespérément au diapason de son idée... Je songe, soit dit en passant, que je m'en éloigne moi-même rarement. Et pourtant... cet aspect de la poésie me semble tellement égocentrique, tellement limité dans son obsession de soi, que je m'en veux chaque fois que j'y verse mon encre... N'as-tu pas quelquefois ce sentiment de vanité dans l'oeuvre ? Cette impression de n'avoir produit qu'un souffle déjà respiré, presque fétide à force de ressassement ?
Commentaire n°2 posté par Bifane le 05/02/2009 à 12h31
si bien entendu, mais relis les classiques, l'égo n'est jamais loin même dans des poèmes lyriques ou classiques ...

j'essaie d'exprimer autrement des sentiments, des états d'âme que bien d'autres avant moi ont non seulement ressenti mais bien mieux décrit ou écrit que moi ...

mais je persiste à écrire car j'en ressens un besoin vital

peut être devrais-je garder ces sentiments pour moi, ne pas les partager ... là est aussi la  question ?

en tout cas je ne ressens pas de remord sur ce que je produis, à te lire je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi tu devrais t'imposer cette souffrance
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 05/02/2009 à 13h16
Non, rassure-toi, il ne s'agit ni de remord ni de souffrance, juste d'une question posée à la raison d'être de l'élan poétique. La réponse ne peut être qu'individuelle, et si les classiques nous ont laissé des traces mémorables de génies égocentriques, il en est d'autres dont le regard fut plus universel. L'exemple importe donc assez peu, tout bien pesé. D'ailleurs, pour m'y être longuement penché, j'avoue que les classiques m'inclinent moins à les imiter dans la forme que dans leurs qualités novatrices : les poètes explorateurs qui, plutôt que d'imiter leurs propres anciens, s'essayèrent à quelque chose de nouveau. Mais c'est un autre sujet...
Quant à celui qui nous intéresse, ma question valait autant pour moi : qu'ai-je envie d'illustrer de mots ? Pour quelle fin écrire ? Démarche simplement exutoire ou aspiration plus ouverte sur le monde, ce qui n'est qu'une question ouvrant à d'autres, en fin de compte... Celle de dépeindre le monde tel qu'il est (avec tous les partis pris que cela suppose) ou tel que nous le voudrions (avec pas moins de partis pris d'ailleurs...) ? Celle de puiser dans la nature humaine notre inspiration, et de même que pour le monde, n'en livrer que l'aspect le plus répugnant ou y chercher la trace d'une noblesse essentielle et porteuse d'espérances ? Ou encore n'écrire que sur soi, et à travers cette quête intrinsèque, parvenir à traduire le mal-être ou la raison d'être des autres...
Toute démarche est respectable. Mais nos choix entraînent une qualité et un intérêt variable... La plume pleureuse, qui toujours plaint son sort et se complaît dans la rengaine de sa misère, on finit par deviner ce qu'elle nous chantera au dernier vers quand on attaque le premier. Et puis quoi ? Comme disait Wilde : "Le malheur des autres est toujours d'une banalité désespérante". Voilà une réflexion qui incline à l'humilité, non ?
Bon, excuse-moi, je m'étends en longueur, et je crois que je pars un peu dans tous les sens. C'est un sujet intéressant, ou du moins qui m'intéresse moi. Et ton poème (au demeurant, composé d'une belle plume !) m'a fait glisser dans ces réflexions, qui me sont assez coutumières.
A bientôt, Philippe, pour d'autres lectures de tes vers.
Commentaire n°3 posté par Bifane le 05/02/2009 à 13h56
merci ton com m'a plongé dans une réflexion pas inintéressante du tout !!

maintenant il y a une question qui  entraîne à sa suite une ribambelle d'autres :

pourquoi écrire ?

ou pour qui ?

écrire pour être lu ?

écrire pour ne pas l'être ?

pour laisser une trace de son passage ?

pour se sentir vivant ?

pour ne pas vieillir ?


merci d'être aller si loin dans la réflexion, je ne pensais pas que ce texte déclencherait une telle remise en question

amtiés
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 05/02/2009 à 15h57
---> A Phil,

Tu m'excuseras, mais mon commentaire visait uniquement ton poème, pas l'écriture en général...

Bien amicalement, Jack.
Commentaire n°4 posté par © Jack MAUDELAIRE le 05/02/2009 à 14h50
Je l'avais bien compris comme tel ... et tu n'a pas besoin de t'excuser ...

mais c'est vrai que j'ai une vision de la poésie en particulier et de l'écriture en général loin des clichés du lyrisme à tout prix ou du nécessairement beau

amitiés jack le silencieux
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 05/02/2009 à 15h53
Que de violence et que de souffrance dans tes mots Phil ! Ecrire, est-ce une telle douleur ? Est-ce une nécessité ? Une thérapie ? Je sens tant d'angoisse et de malaise dans ce que tu écris... Ecrire, ça peut être beau aussi, paisible peut-être...? Toujours est-il que je trouve ton texte magnifique et très fort. Bonne soirée à toi.
Commentaire n°5 posté par Oxygène le 05/02/2009 à 20h56
oui j'ai eu un débat très constructif avec Bifane à ce sujet ...

j'ai exprimé dans l'instant un ressenti brut sans arrière pensée

en général écrire est un plaisir parfois c'est douloureux

je ne peux pas l'expliquer

amitiés

phil
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 05/02/2009 à 21h14
là il y a précocité de l'éjaculation des mots sortant des entrailles de l'âme...j'aime ton poème...
Commentaire n°6 posté par fêlure le 05/02/2009 à 21h50
éjaculation précoce des mots !

quelle espression !

amitiés
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 06/02/2009 à 07h39
La feuille blanche, souvent synonyme du manque d'inspiration sert ici d'exutoire. On sent l'attirance pour cette écriture automatique...Le fait de le publier c'est le mettre dans une bouteille à la mer. la chanson de Sting me fait penser à ce poème... (en français) ecrire c'est aussi avoir l'espoir et c'est lancer un SOS c'est en tous cas ce que moi j'ai ressenti en lisant ces mots si forts.
...Seul l'espoir peut me permettre de rester lucide
L'amour peut réparer ta vie mais l'amour peut détruire ton coeur
 
  ...Je marchais en plein air ce matin là, je n'en crus pas mes yeux
Cent milliards de bouteilles furent repoussées sur le rivage par la mer
Il semblerait que je ne sois pas le seul à être seul
Cent milliards de naufragés recherchant un chez-soi

Envoyant un SOS...


Je t'embrasse. lilas
Commentaire n°7 posté par Martine le 06/02/2009 à 14h29
merci pour la ref à Sting qui est quelqu'un que je toruve intéressant

Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 06/02/2009 à 19h17
Prendre une minute pour vous lire...
et ressortir les yeux plein de mots.
MErci
Commentaire n°8 posté par S.YO le 08/02/2009 à 09h56
merci pour ce pemier passage
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 08/02/2009 à 15h11
j'aime beaucoup ce poème et les réflexions qui suivent sont très intéressantes,j'y reviendrai à tête reposée
Commentaire n°9 posté par gazou le 08/02/2009 à 14h46
merci d'être passée à bientôt alors
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 08/02/2009 à 15h13

Toute la force, toute l'attirance , mais aussi toute la violence, toute la répulsion - je le ressens ainsi- sont dans l'acte d'écrire. Les discussions qui suivent le cernent assez bien d'ailleurs.
Il y a des années que je me dis qu'il est vain de laisser des traces sur le papier, traces qui n'intéressent finalement que peu de personnes, et.. je continue cependant; alors , pourquoi??

Commentaire n°10 posté par Jakline le 11/02/2009 à 23h25
oui nous avons tous cette interrogation

amitiés
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 12/02/2009 à 13h15
J'ai oublié l'essentiel: il est beau ce poème, il parle vrai.
Commentaire n°11 posté par Jakline le 11/02/2009 à 23h26
merci
Réponse de Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) le 12/02/2009 à 13h15
 
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