Mardi 4 novembre 2008
2
04
/11
/Nov
/2008
13:38
Les mains dans les poches, je traîne les pieds dans les feuilles mordorées et rouges. Je ne sais plus comment ils m’ont amené ici, dans les allées herbues de ce cimetière. Je me souviens qu’en
entrant, j’ai épargné le corps d’un petit brin de chrysanthème abandonné, la tige suppliciée par le passage d’une foule de souliers pressés. Partout c’est le même spectacle, une multitude de
boursoufflures colorées, qui sang, qui or, qui blanche, habille les sépultures déjà surchargées de breloques de pierre et de métal. Les couleurs se battent avec le gris ambiant. Cette saturation
colorée explose dans la luminosité de ce début novembre; le spectacle m’abîme les yeux : pour un peu j'en pleurerais ...
Entre deux concours de fleurissement funéraire - j’y vois même un chat de pierre qui semble désapprouver ma visite en faisant rouler deux billes d’Agathe - elle m’appelle : c’est la tombe
abandonnée. Quelques cailloux jouent avec des pommes de pains fatiguées, sur une terre battue par le vent et la pluie. Bien sages, deux pots de plastique trônent comme deux frères, exhibant
fièrement des roses et des glaïeuls du même plastique. On les croirait jumeaux dans la blancheur que leur a conférée le temps. Deux pousses de chiendents, pointent une verdure naissante et
insolente qui semble dire : ne l’oubliez-pas ! Pas de nom, pas d’épitaphe, tout juste un numéro sur un piquet tordu et rouillé : 54680. C’est le dernier repos du Mort inconnu.
Deux allées plus loin, une planche de bois vermoulue obture un trou douteux, dans l’attente d’y recevoir convenablement, un nouveau locataire. Sur une photo sépia, la vieille dame d’à côté,
semble indiquer avec un regard empreint d’une grande douceur, qu’elle s’ennuie de cette absence temporaire de voisin.
Alors que je m’apprête à rebrousser chemin, des voix d’enfants sautent par-dessus le mur d’enceinte. Ou alors c'est la voix des anges … J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends que le silence,
porté par le vent. J’ai dû rêver.
Je remets mes mains au fond de mon manteau et je franchis religieusement une rangée de cyprès qui semblent monter la garde, chevelus comme des bonnets de grognards. Au loin, les deux flèches de
la cathédrale d’Angers percent un horizon strié de gris et de blanc. Une cloche sonne qui me sort de mon engourdissement. Le vent me chuchote qu’il est temps …
Par Rudesrêves
-
Publié dans : Textes en prose
-
1
Derniers Commentaires